Comment reconnaître une surdose d’opioïdes vite

Comment reconnaître une surdose d’opioïdes vite

Une personne qui « dort très profondément » après avoir pris un opioïde n’est pas forcément en train de dormir. Savoir comment reconnaître une surdose d’opioïdes peut faire la différence entre une intervention rapide et un arrêt respiratoire fatal. Face au doute, considérez toujours la situation comme une urgence : il vaut mieux appeler les secours pour rien que d’attendre un signe de plus.

Les opioïdes peuvent ralentir la respiration jusqu’à l’arrêter. Cela concerne notamment certains antidouleurs sur ordonnance, mais aussi des produits non réglementés ou falsifiés, dont la composition et la concentration ne peuvent pas être vérifiées. Le risque augmente lorsqu’ils sont associés à de l’alcool, des benzodiazépines, des somnifères ou d’autres substances qui diminuent la vigilance et la respiration.

Comment reconnaître une surdose d’opioïdes

Le signe le plus inquiétant est une respiration anormalement lente, faible ou absente. La personne peut faire des pauses entre deux respirations, émettre un ronflement inhabituel, un gargouillement ou un râle. Ces sons ne doivent pas être pris pour du sommeil : ils peuvent indiquer que les voies respiratoires sont partiellement obstruées ou que le cerveau ne commande plus correctement la respiration.

Observez aussi son état de conscience. Une personne en surdose peut ne pas répondre quand on lui parle fort, quand on lui touche l’épaule ou quand on la stimule. Son corps peut être mou, sa tête tomber en arrière, et elle peut être impossible à réveiller. Si vous n’arrivez pas à obtenir une réponse claire, n’attendez pas que la situation s’améliore seule.

Les pupilles très serrées, souvent décrites comme des « têtes d’épingle », sont un autre indice fréquent. La peau peut devenir très pâle, grise, froide ou moite. Chez une personne à la peau claire, les lèvres et les extrémités peuvent bleuir. Sur une peau plus foncée, surveillez plutôt une coloration grisâtre ou bleutée des lèvres, des gencives et du lit des ongles.

Une surdose ne se présente pas toujours de manière identique. La quantité consommée, la tolérance de la personne, ses problèmes respiratoires éventuels et les substances associées modifient les symptômes. Mais une règle simple s’applique : inconscience ou difficulté respiratoire après une prise suspectée d’opioïdes = urgence immédiate.

Les gestes à faire sans attendre

Appelez immédiatement les secours. Au Canada, composez le 911. En France, appelez le 15 ou le 112. Donnez l’adresse exacte, expliquez que la personne est inconsciente ou respire mal, et précisez une suspicion de surdose d’opioïdes si vous le pouvez. Les opérateurs peuvent vous guider pendant que l’aide arrive.

Administrez de la naloxone si elle est disponible. La naloxone est un médicament qui peut temporairement bloquer les effets des opioïdes et relancer la respiration. Elle ne provoque pas de surdose si la personne n’a pas pris d’opioïdes, ce qui justifie de l’utiliser même lorsque vous n’êtes pas totalement certain de la substance en cause.

Pour un vaporisateur nasal, placez l’embout dans une narine et appuyez fermement sur le piston selon les indications du dispositif. Pour une forme injectable, suivez la notice ou les consignes reçues lors de la distribution du kit. Il ne faut pas perdre de temps à chercher une perfection technique : l’appel aux secours et l’administration rapide sont prioritaires.

Placez ensuite la personne sur le côté, en position latérale de sécurité, si elle respire. Cette position aide à maintenir les voies aériennes dégagées et réduit le risque d’étouffement en cas de vomissements. Desserrez ce qui comprime le cou ou la poitrine et restez auprès d’elle.

Si elle ne respire pas normalement, ou si sa respiration s’arrête, commencez les insufflations ou une réanimation cardio-pulmonaire si vous savez la pratiquer. Le régulateur des secours vous indiquera quoi faire. Une dose de naloxone peut mettre deux à trois minutes à agir. Si l’état ne s’améliore pas après deux à trois minutes et qu’une seconde dose est disponible, administrez-la conformément aux consignes du produit.

Après la naloxone : ne pas laisser la personne seule

La naloxone peut réveiller une personne de façon brutale, parfois confuse, agitée ou en manque. Elle peut se sentir malade, transpirer, avoir des douleurs ou vouloir repartir immédiatement. Restez calme, dites-lui que les secours sont en route et évitez toute confrontation. Son irritation ne doit jamais vous empêcher de continuer à surveiller sa respiration.

Son effet est temporaire. Certains opioïdes, notamment les produits à action prolongée ou les substances inconnues, peuvent agir plus longtemps que la naloxone. La respiration peut donc redevenir dangereusement lente après une amélioration initiale. C’est pourquoi une évaluation médicale reste nécessaire, même si la personne semble aller mieux ou affirme se sentir parfaitement capable de rentrer chez elle.

Ne donnez ni café, ni boisson énergisante, ni douche froide. Ne forcez pas la personne à marcher et ne la faites pas vomir. Ces gestes ne neutralisent pas les opioïdes et peuvent aggraver le danger, notamment en cas de chute, de vomissement ou d’inhalation.

Pourquoi une surdose peut survenir sans que la personne s’y attende

Le risque ne concerne pas uniquement les personnes qui consomment souvent. Une personne qui reprend après une pause, une hospitalisation, une incarcération ou une période d’abstinence peut avoir perdu une partie de sa tolérance. La dose qu’elle supportait auparavant peut alors devenir trop forte.

Les produits obtenus en dehors d’un circuit médical réglementé présentent un risque particulier : l’étiquette, la couleur, la forme ou le nom ne permettent pas de confirmer le contenu réel. Un comprimé présenté comme un médicament connu peut contenir une autre substance, une quantité différente ou un opioïde très puissant. L’apparence ne protège pas d’une intoxication.

Le mélange est également un facteur majeur. Alcool, benzodiazépines, médicaments contre l’anxiété, somnifères, gabapentinoïdes et certains antihistaminiques sédatifs peuvent tous accentuer le ralentissement respiratoire. Même une consommation qui paraît habituelle devient imprévisible quand plusieurs dépresseurs sont combinés.

Réduire le risque avant qu’une urgence survienne

La prévention la plus sûre consiste à ne pas consommer de substances dont la provenance, la composition ou le dosage sont incertains. Pour les opioïdes prescrits, respectez strictement la dose indiquée et parlez à un professionnel de santé avant de les associer à un autre médicament ou à de l’alcool.

Pour une personne exposée au risque, garder de la naloxone à portée de main est une mesure concrète. Les proches doivent savoir où elle se trouve et comment l’utiliser. Il est aussi préférable de ne pas rester seul : une surdose devient particulièrement mortelle lorsque personne n’est présent pour repérer la baisse de respiration et appeler les secours.

La honte et la peur des conséquences retardent souvent l’appel. Pourtant, une urgence médicale demande une réponse médicale. Protégez la vie avant tout : appelez, administrez la naloxone si vous en avez, surveillez la respiration et restez sur place jusqu’à l’arrivée des professionnels.

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